10 min de lecture

Meilleures BD 2026

Meilleures BD 2026

Encore une année bien remplie pour les amoureux de bande dessinée ! Des univers qui nous embarquent, des auteurs qui nous surprennent, des histoires qui nous font rire, réfléchir, frissonner ou tout simplement tourner les pages sans voir le temps passer.

2026 nous a encore réservé de très belles surprises, avec des albums qui sortent du lot, des séries qui confirment tout leur potentiel et quelques véritables coups de cœur. De la fantasy au space-opéra, du récit d'aventure à la dystopie, en passant par les univers de super-héros ou les histoires plus intimistes, il y en a pour tous les goûts.

Comme chaque année, voici donc ma petite sélection des BD qui m'ont marqué. Pas forcément les plus attendues, pas nécessairement les plus médiatisées, mais celles qui m'ont procuré quelque chose : du plaisir, de l'émotion, de l'émerveillement ou cette petite frustration délicieuse de devoir attendre la suite.

Et parce qu'une bonne BD mérite qu'on en parle, je vous invite à découvrir ces albums, à partager vos propres coups de cœur et, pourquoi pas, à remplir un peu plus votre pile à lire (comme si elle en avait vraiment besoin !).

Donjon Zénith, Tome 11, Les Méandres du pouvoir - Sfar, Trondheim & Boulet

Politique sanguinaire

Herbert de Vaucanson a récupéré son trône et le refile directement à son père car le pouvoir, ça ne l’intéresse pas… Sauf que tout n’est pas si simple et que des conspirateurs essaient de récupérer le trône, de tuer, manipuler, etc. Et ça, Herbert n’aime pas du tout du tout, surtout quand on s’en prend à son fiston. Alors avec son copain Marvin, ils vont régler quelques problèmes, et évidemment, ça va saigner…

Comme d’habitude avec Donjon Zénith et l’écriture de Sfar et Trondheim, on s’amuse fort ! Entre humour absurde, satire du pouvoir, parentalité difficile et baston à gogo, il y a de quoi faire (et n’allez pas croire qu’il n’y a pas de nuance !) ! Et en plus, c’est fait avec tellement de talent, et porté par un dessin expressif avec de zolies couleurs, qu’on ne peut qu’encore s’extasier devant la qualité d’un tel travail ! Vivement le prochain !

⭐
Note : 8/10

Mickey et le roi des pirates - Joris Chamblain & Dav

Pirate rit

Mickey et le roi des pirates transpose Mickey, Donald, Picsou et leurs acolytes dans un Londres victorien où la disparition du sou fétiche de Picsou plonge la ville dans le chaos. Mickey, reporter ambitieux, mène l’enquête et embarque avec lui Pluto, Dingo et Donald jusqu'à l'île de Tortuga peuplée de pirates.

Mystères, fantastique, piraterie, sorcière, tout est réuni pour une aventure rocambolesque dans l’univers de Disney, réinterprété par des auteurs de talent et par un éditeur qui crée une collection exceptionnelle qui déçoit rarement. Le dessin est encore une fois magnifique, le rythme et l’écriture sont spectaculaires, c’est un véritable coup de cœur en ce début d’année !

⭐
Note : 8/10

Terre ou Lune - Jade Khoo

Bien luné

Avant de me lancer dans la lecture de cette BD, j’ai lu ici et là qu’on en parlait déjà comme la BD de l’année. J’ai donc voulu vérifier tout ça par moi-même, et si je devais résumer mon impression en un mot à la sortie de ce tome (il y en aura 2) : époustouflant.

Je tombe là dans un exercice difficile. Pour parler de Terre ou Lune, il faut donc que je détaille ce qu’il s’y trouve. Et cela serait pourtant vous gâcher les surprises qui vous attendent dans les magnifiques planches écrites et dessinées par Jade Khoo.
Ce que je peux dire, c’est qu’on suit le récit d’un jeune enfant qui suite à un drame, se retrouve dans un orphelinat, loin de son meilleur ami et de son club d’ornithologie. Des années plus tard, alors adolescent, il revient dans la ville de son enfance, et en apprend davantage sur les mystères autour de ses parents.
Mais l’intérêt de ce livre n’est pas seulement dans cette histoire, il est également dans tout ce qu’il se passe autour. L’environnement dans lequel évoluent les personnages, les détails qui fourmillent sur l’histoire de ce monde, de la philosophie et de la politique qui se dégagent de cette société.

Terre ou Lune est une œuvre de science-fiction d’une rare finesse, qui se lit presque comme un poème, habitée par un dessin onirique, d’une beauté surprenante, et qui donne vie à tout un univers étonnant et intrigant. Bien sûr, la frustration d’en savoir plus est palpable à la fin des 300 pages, mais face à un tel chef d’œuvre, c’est d’abord un sentiment de gratitude qui m’a traversé tout au long de mon expérience de lecture.

⭐
Note : 9/10

Solomon Kane : L’Anneau-Serpent - Patrick Zircher

Serpent à sornettes

Dès les premières planches, Patrick Zircher m’a cueilli. Son trait à la fois nerveux et précis, sa palette sombre sans être terne, emmènent le lecteur dans un univers où la violence du monde se mêle à une étrange poésie gothique. C’est un régal visuel autant qu’un choc narratif : chaque page est ciselée avec rigueur.

Ce qui rend ce Solomon Kane si fascinant, c’est le souffle épique qui s’en dégage, porté par une mise en scène d’une rare intensité. Zircher réussit le pari audacieux de nous restituer la ferveur, le doute et la droiture du personnage sans jamais tomber dans la caricature. L’histoire, âpre et magistralement construite, évoque les ténèbres de la foi autant que les pièges du destin, et impose ce héros solitaire comme un spectre presque mythologique. À la fin, une seule certitude s’impose : on vient de lire une œuvre qui redonne ses lettres de noblesse à l’aventure, et qui rend parfaitement hommage au travail de Robert E. Howard dont je parle plus en détail ici (au mois de mars).

⭐
Note : 8/10

OFF - Tollet, Renard & Réglat-Vizzavona

Qui a éteint la lumière ?

Une tempête solaire et le monde que nous connaissons s’écroule. L’électricité ne fonctionne plus, tout s’arrête... et menace de s’effondrer. On est en Belgique, montée de l’extrême droite et défiance généralisée envers des pouvoirs incapables de répondre aux problématiques économiques, écologiques et sociales que nous traversons actuellement.

La BD part de notre société, impose un événement majeur, et imagine ce qu’il se passerait en cas de crise impromptue. Et bien... ça ne se passe pas très bien. Bien sûr, les populistes en profitent pour mettre de l’huile sur le feu, car tout est bon pour prendre le pouvoir, et la population se retrouve à bout de souffle et sans solutions.

Dans ce brouhaha, les auteurs nous racontent une saga familiale éparpillée, où chacune et chacun a ses propres urgences à gérer : l’une est ministre, l’autre est policier dont la femme est morte en couches, et qui se retrouve à élever son bébé seul en pleine apocalypse, d’autres vivent à la campagne et se désolidarisent du reste du pays. Tout est là pour raconter notre époque et notre société, et comment notre individualisme pousse au repli, social ou identitaire, au détriment des autres.

Ce qui frappe avec OFF, c’est cette manière de prendre une hypothèse scientifique sérieuse, l’événement de Carrington (une gigantesque tempête solaire), qui a réellement perturbé les télégraphes en 1859 et qu’on a frôlé de nouveau en 2012, pour montrer combien notre époque, déjà terriblement à cran, pourrait basculer vers la fin de tout ce qui a été construit, imparfaitement, depuis des siècles. Ce qui fait peut-être tenir nos sociétés aujourd’hui, c’est une certaine forme de confort, et si on le perdait, que resterait-il vraiment de notre solidarité, de notre civisme, de tout ce qu’on prétend défendre quand tout va bien ? OFF pose la question sans détour, et c’est précisément ce qui en fait une lecture aussi marquante qu’inconfortable, et indispensable.

⭐
Note : 9/10

Noir Horizon, tome 3 - Philippe Pelaez & Benjamin Blasco-Martinez

Un tyran mort est un bon tyran

Si vous me lisez régulièrement, vous vous doutez bien que je n’aime pas les tyrans. En revanche, j’aime bien voir des tyrans se prendre un gros retour de karma dans la gueule. Ainsi, dans ce 3e et ultime tome de Noir Horizon, le tyran a perdu sa cité et décide de rattraper les responsables qui ont fuit la planète pour Kepler, une étranger planète coupée par un horizon noir. Derrière cette barrière surnaturelle, une cité éteinte et un brouillard qui va et vient et qui transforme en monstres les gens qui s’y font piéger. Ce qui est réjouissant, c’est que le récit ne se contente pas de mettre en scène la chute du despote : il orchestre une vraie course‑poursuite désespérée, où chaque décision radicale des renégats questionne sur la morale qui en découle.

On prend alors un plaisir assez primaire à voir le tyran perdre pied, mais ce plaisir est nourri par une construction solide : montée de la tension, bascules de point de vue, révélations sur ce qui attend réellement les fugitifs derrière l’horizon noir.

Visuellement, ce troisième tome déploie un sens du spectacle qui accompagne parfaitement cette conclusion : ville en flammes, vaisseaux gigantesques, brouillard vorace, tout est pensé pour rendre la chute du régime aussi concrète que l’angoisse de ce qui vient après. Le brouillard n’est plus un simple gimmick de SF : c’est une frontière morale, une zone grise où l’on comprend que le vrai monstre n’est pas seulement celui que l’on croit. La grande réussite de ce final, c’est de satisfaire à la fois le lecteur qui veut voir le tyran se prendre sa grosse claque dans sa g…, et celui qui attend une fin moins confortable, avec un arrière‑goût d’inquiétude d’une Histoire qui a tendance à se répéter…

⭐
Note : 7/10

Old man Logan - Mark Millar & Steve McNiven

Vieux glouton

Réédition de ce classique Marvel, Old man Logan raconte l’histoire de Wolverine des années après que les vilains de l’univers Marvel aient tué tous les super héros, laissant Wolverine ruminer sa vie avec sa famille. Suite à un traumatisme profond, il a juré de ne plus tomber dans la violence, même lorsqu’elle se présente à lui. Fauché, obligé de payer son loyer à la famille de Hulk, le voilà traversant les Etats-Unis pour gagner un peu d’argent facile. L’occasion pour le lecteur de découvrir ce qu’est devenu le pays après la victoire des super vilains.

Récit particulièrement sombre, d’une violence crue mais jamais gratuite, Old man Logan est une œuvre puissante et le miroir d’une Amérique cauchemardesque abadonnée par l’État fédéral.

Ce qui frappe dans cette histoire, c’est la façon dont elle réussit à être à la fois un road‑movie crépusculaire, et une mise à mort symbolique du mythe du super‑héros On suit un Logan brisé, qui ne croit plus à la rédemption, dans un paysage où les anciens symboles sont devenus des ruines, des parcs d’attraction morbides, ou les trophées d’anciens vilains repus. Chaque étape du voyage est l’occasion de croiser un morceau déformé de l’univers Marvel, et de mesurer à quel point la victoire des méchants n’a pas créé un nouveau monde ordonné, mais tout un ensemble de fiefs pour tyrans pour le moins médiocres (et stupides).

Quand la violence finit par revenir, elle n’a rien de cathartique : elle est sale, rageuse, presque embarrassante, comme si l’album rappelait au lecteur que ce retour de Wolverine n’efface ni les fautes passées ni le cauchemar politique qu’il traverse.

⭐
Note : 8/10

Les chants du cygne noir - Alex Alice (tomes 1 & 2)

Vilains petits canards

Un manga français, c'est toujours intrigant (Shin Zero et Yon sortis récemment, sont de belles réussites), et quand en plus, ça fait penser à Albator, mais que ça emprunte sans copier et que ça développe sa propre patte et son propre univers, franchement, on tient le bon bout. Le bon bout pour faire mon bonheur !

Et mon bonheur est fait !

Prévu en trois tomes (nous avons pu découvrir les 2 premiers en 2026, et sauf catastrophe imprévisible, ce triptyque sera génial), Alex Alice (AA pour les intimes), a bien fait de ne pas rester dans l'anonymat tellement ce qu'il nous partage est flamboyant ! Entre intrigue personnelle et grande histoire façon space-opéra, il nous embarque dans une aventure qui a tout du grand récit de science-fiction, avec ce qu'il faut de mystère, de drame, de poésie et de souffle épique.

On retrouve évidemment ce petit parfum de piraterie spatiale, ces vaisseaux qui fendent le vide et cette sensation de liberté propre aux grandes aventures cosmiques. Mais Les chants du cygne noir ne se contente jamais de jouer sur la nostalgie. L'univers possède sa propre identité, ses codes, ses enjeux et surtout une vraie personnalité. On sent qu'Alex Alice a pris le temps de construire quelque chose de cohérent, de riche, sans pour autant nous perdre dans des explications interminables.

Et puis il y a le dessin ! Quel plaisir pour les yeux ! Les planches sont magnifiques, les décors impressionnants, les personnages expressifs et les scènes spatiales particulièrement spectaculaires. C'est généreux, immersif, parfois même grandiose. On prend le temps de contempler certaines cases, simplement parce qu'elles sont belles. La mise en scène participe énormément à cette sensation de voyage et donne à l'ensemble une dimension presque cinématographique.

Bref, une très belle surprise, une aventure spatiale ambitieuse, un univers qui donne envie d'y retourner et un dessin qui fait mouche. Si vous aimez la science-fiction, les grandes épopées et les histoires qui ont du souffle, ne passez surtout pas à côté (par contre, franchement, seulement 3 tomes ?)

⭐
Note : 8/10