Meilleurs albums Jazz 2026
Chaque année, je me dis que l'année précédente a été d'un incroyable niveau, et que ça va être difficile de faire mieux. Et chaque année, le Jazz me prouve que j'ai tort, et cela me procure un réel plaisir non dissimulé. Après une année 2025 qui avait placé la barre très haut, notamment grâce à un Ambrose Akinmusire stratosphérique et à quelques autres coups de cœur qui n'ont pas fini de tourner chez moi, on repart à la fouille pour 2026.
Parce que c'est ça, la vraie affaire : fouiller. Chercher. Rater des trucs, en trouver d'autres par hasard, parfois tomber sur une pépite au détour d'un article ou d'une recommandation venue de nulle part. Le Jazz, ça ne se présente pas toujours sous les meilleurs auspices, ça demande un peu d'effort, et c'est justement ce qui rend la découverte si satisfaisante.
Alors voilà, j'en raterai certainement - comme tous les ans -, et si vous avez des trouvailles à me signaler, les commentaires sont ouverts et mes oreilles aussi. En attendant, voici ce que 2026 m'a déjà offert de meilleur.
Le meilleurs albums Jazz sortis en 2026 à écouter absolument
Nuit parisienne à La Havane - Roberto Fonseca & Vincent Segal

Nuit parisienne à La Havane est un album suspendu entre deux villes et deux traditions, où le piano de Roberto Fonseca et le violoncelle de Vincent Segal tissent un dialogue d’une grande douceur. La fusion entre écriture classique, rythmes et couleurs cubaines, Jazz feutré et sens mélodique crée un double climat introspectif, sorte de dérive rêveuse entre 2 musiciens qui jouent des pièces chargées d’émotions.
Il y a quelque chose qui pousse à l’admiration dans ce disque : les 2 musiciens sont des techniciens hors norme, qui ont joué avec les plus grands, montrent un niveau d’exigence musical impressionnant, tout en restant accessibles. Cela semble si simple à écouter, et pourtant si complexe à créer. L’album devient ainsi déjà indispensable. C’est la belle et grande surprise de ce début d’année. Inclassable au meilleur sens du terme, ce disque s’impose déjà comme un futur classique, capable de rassembler amateurs de Jazz, de musique classique et de musiques du monde.
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Bern - Roy Hargrove

Il y a des enregistrements de concerts qui parviennent à retranscrire à la fois une certaine fragilité, mais également une tension, comme si tout au long du spectacle, les musiciens étaient en proie à la grâce et au doute. Bern nous transmet cette expérience là. On y entend Roy Hargrove dans un état de grâce, porté par un quintet qui ne joue non pas à ses côtés, mais toujours avec lui, dans cette zone très spécifique où la musique devient conversation.
Ce qui frappe d’abord, c’est la manière dont Hargrove semble habiter chaque morceau sans jamais les dominer. Le disque alterne ainsi des moments intenses, où le swing prend toute la place, et d’autres plus retenus, presque suspendus, où la trompette laisse affleurer une mélancolie empreinte de tendresse.
La force de Bern tient évidemment à son équilibre. Car c’est un Jazz qui fait le pont entre le passé et le présent, en prenant un pas d’avance sur le Jazz du futur. Hargrove avait cette force là, d’avoir un Jazz fusion en avance sur son temps. Hargrove est le Jazz contemporain avec 20 ans d’avance.
Le plus beau, au fond, est peut-être cette impression de proximité. Bern donne le sentiment d’être au plus près d’un musicien qui ne cherche pas à impressionner, mais à convaincre par la justesse du geste et la qualité de l’écoute. Enregistré en 2000, cette copie nous rappelle combien cet artiste génial nous manque profondément.
The Guesthouse - Shai Maestro

Avec The Guesthouse, Shai Maestro signe un disque traversé par des voix, des souffles, des claviers et des couleurs venues d’horizons multiples, sans jamais perdre de vue une ligne mélodique qui sert de fil d’Ariane.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’équilibre de l’ensemble. Les idées sont nombreuses, les ambiances changent souvent, mais l’album ne donne jamais l’impression de partir dans tous les sens. Les sons électroniques, le piano et les invités trouvent naturellement leur place.
Il y a aussi, dans ce disque, quelque chose de très profond dans sa façon de mettre en musique la mélancolie. The Guesthouse ne cherche pas à être démonstratif, il préfère installer une atmosphère, qui nous appartient d’accueillir.
C’est un album ambitieux, mais son ambition la plus belle est peut-être de rester accessible.
At the BBC 1965 - Bill Evans

C’est un document longtemps réservé aux initiés, en bootleg (enregistrement pirate) ou sur DVD, qui retrouve enfin une existence sonore officielle.
Bill Evans s’est produit une seule fois à la télévision britannique, le 19 mars 1965, dans une intimité presque improvisée, sans liste de morceaux préparés à l’avance.
On y entend un trio complice et détendu, capable de chaleur comme de retenue, à l’aise dans la familiarité du moment. Chuck Israels le résume bien : “Nous étions sacrément proches de la perfection à la BBC”.
Le son, un peu daté, n’enlève rien au plaisir de la découverte.
Un album touchant, intemporel et indispensable.
Alive With Ghosts Today - Chris Potter

Chris Potter est un saxophoniste américain techniquement redoutable, émotionnellement précis, et jamais à court d’idées. Né en Caroline du Sud en 1971, il s’impose rapidement sur la scène new-yorkaise comme un improvisateur d’exception au ténor, ainsi qu’au soprano. Il navigue depuis trente ans entre ses propres projets (Underground, Imaginary Cities, Eagle’s Point) et des collaborations de prestige (Dave Holland, Paul Motian, Herbie Hancock). Le genre de musicien que les autres musiciens aiment à citer quand on leur demande qui les impressionne le plus.
Alive With Ghosts Today est une suite construite autour de John Brown, abolitionniste blanc qui attaqua l’arsenal fédéral de Harpers Ferry en 1859 pour armer les esclaves, et qui fut capturé et pendu pour trahison, mais dont le geste résonne encore dans l’Amérique d’aujourd’hui.
Potter a bâti pour l’occasion un septet : une guitare, un violon, une clarinette, un trombone, une basse et une batterie (et donc lui au saxo). L’ensemble, cohérent, joue sur les musicalités américaines, folk, blues, gospel… Potter ne cherche pas à étaler sa virtuosité, il veut raconter une histoire à travers sa musique. Et il le fait merveilleusement bien.
Si vous aimez les albums qui racontent une histoire pour parler d’aujourd’hui (ici les Etats-Unis) et le tout, sans paroles, Alive With Ghosts Today est fait pour vous. Et si vous vous fichez du récit, le tout se tient magnifiquement bien dans un album de Jazz généreux et particulièrement bien foutu.
Honora - Flea

Peut-être ne le savez-vous pas encore, mais vous connaissez tous très bien Flea (de son vrai nom Michael Balzary). Vous connaissez surtout ses célèbres lignes de basse parmi les plus reconnaissables du rock. Flea, c’est le bassiste des Red Hot Chili Peppers, groupe qu’il a cofondé à Los Angeles en 1983 et avec lequel il a enregistré treize albums studio, de Blood Sugar Sex Magik à Return of the Dream Canteen. Quarante ans de funk-rock fiévreux et de stades combles. Ce qu’on sait moins, c’est que la trompette fut son premier amour : enfant, c’est Dizzy Gillespie qu’il voulait être. La basse est venue après.
Honora est son premier album solo, et contre toute attente, c’est un disque de Jazz. Et c’est même un bon disque de Jazz ! Flea a passé deux ans à pratiquer à nouveau la trompette quotidiennement, en tournée mondiale avec les Chilis, avant d’entrer en studio avec un groupe de musiciens issus de la scène Jazz de Los Angeles. Le résultat est à la fois personnel et plutôt cohérent. Ce n’est clairement pas le disque d’une rock star qui joue au jazzman : c’est celui d’un musicien qui revient à la source de ses premiers amours. Les compositions originales, comme A Plea ou Morning Cry, sont les moments les plus forts du disque. En plus des compositions originales, Flea se lance dans quelques reprises (Frank Ocean, Funkadelic, etc.) plutôt bien senties. Mais le disque est peut-être un peu timide, comme si Flea n’avait pas osé aller plus loin, plus fort. C’est bien, mais comme m’a dit un jour un de mes patrons, avec condescendance : “J’ai le sentiment qu’il en reste sous le coude.”
Dance! Skip! Hop! - Tomeka Reid

Avec Dance! Skip! Hop!, Tomeka Reid signe un disque surprenant. Enfin surprenant pour moi surtout… Car j’avais un peu peur de tomber sur un disque difficile d’accès, trop technique pour mes oreilles, et il n’en fut rien, j’ai découvert une œuvre vivante, immédiatement accessible, joyeuse à bien des égards (je vous laisserai trouver de quels égards je parle) mais sans jamais renoncer à la finesse de toute belle œuvre jazzy. Quand on écoute le disque, on a l’impression que tout coule de source.
Et si, peut-être, l’album cherche un peu à impressionner (ou alors c’est simplement ça le talent, impressionner parce qu’on est impressionnant), il n’en reste pas moins que tout fait corps, comme si les musiciens se connaissaient si bien qu’ils créeraient une conversation musicale tendre, parfois brute, mais toujours avec l’objectif commun d’un moment agréable ensemble ; pas comme avec tonton Gégé les dimanches midis qui n’en rate pas une pour aller à contre-courant parce qu’il a vu la vérité sur CNews. Moi, tonton Gégé, je lui envoie des disques de Jazz, et il me répond toujours : “C’est quoi cette merde ?” Et je lui réponds : “Un truc où des gens compétents se réunissent, l’inverse de CNews.”
Un album plein d’allant, d’inventivité et de plaisir partagé (sauf pour tonton Gégé).
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Autres albums Jazz sortis en 2026 qui valent le coup d'oreillr
And So It Is – Aaron Shaw

Il y a des albums qu’on écoute et d’autres qu’on traverse. Celui-ci fait partie de la deuxième catégorie.
Aaron Shaw est un multi-instrumentaliste de Los Angeles, saxophoniste, flûtiste, formé par Kamasi Washington, passé par les scènes de Leimert Park, collaborateur de Herbie Hancock ou Anderson Paap. Un musicien des musiciens, discret mais partout. Sauf qu’en 2023, alors qu’il prépare enfin son premier album solo, on lui diagnostique une insuffisance médullaire. Ce disque est ce qui est sorti de tout ça.
And So It Is est un premier album qui n’aurait peut-être jamais dû exister, et c’est précisément ce qui lui donne son poids. Le saxophone de Shaw y côtoie harpe, violoncelle, percussions de Carlos Niño et la voix profonde de Dwight Trible, le tout pour un résultat qui oscille entre jazz astral, musique de chambre et méditation. C’est alternativement serein et psychédélique, joyeux et au bord du gouffre.
Un premier album qui compte déjà.
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